


Poursuivant avec acharnement sa politique de casse systématique des services publics (voir encadré RGPP), le gouvernement a ciblé au printemps dernier ses nouvelles victimes :
les opérateurs de l’Etat et, parmi eux, les organismes de recherche. Il a cependant fallu attendre l’automne (le 22 octobre), pour que le Premier ministre communique sa feuille de route à Pascal Aimé (Inspecteur général de l’administration de l’Education nationale et de la Recherche).
Les missions de ce dernier y sont détaillées jusque dans les moindres détails, et le timing resserré :
tout doit être bouclé avant juin 2011. Tout, c’est-à-dire un plan de rigueur en bonne et due forme pour quatre EPST (CNRS, INSERM, INRA et INRIA) et deux EPIC (CEA et CIRAD).
Pour cela, un audit de l’ensemble des fonctions « support » de ces organismes devra être réalisé (en gros, tout ce qui touche à l’administration), ainsi que des fonctions « soutien » (le ministre entend par là l’information scientifique et technique et la formation). Au cas où Pascal Aimé aurait du mal à voir où il veut en venir, le PM précise que l’analyse doit porter en particulier sur les possibilités de mutualisation entre organismes et universités et sur « les expériences d’externalisation » (qui pourraient être généralisées)… !
Le doigt sur la couture du pantalon, la direction du CNRS a aussitôt mis en œuvre cet audit, en espérant convaincre son autorité de tutelle qu’il est le bon élève de la classe. Par un courrier du 3 décembre adressé aux délégués régionaux, le directeur général délégué aux ressources précise les modalités de l’enquête. Là encore, pas le temps de chômer :
les grilles récapitulatives des fonctions support doivent être retournées à la direction avant le 7 janvier. Sont concernées toutes les délégations régionales, mais aussi trois unités pilotes par délégation. Ce n’est sans doute là que la première étape puisque, selon la directive ministérielle, l’intégralité des fonctions d’appui à la recherche est concernée.
Dans un autre contexte, une telle étude n’aurait rien eu de choquant. A la réflexion, il est même curieux que le CNRS ne dispose pas déjà d’un tel inventaire des ressources humaines. Mais il est difficile de ne pas voir aujourd’hui dans cette démarche une nouvelle attaque contre l’autonomie du CNRS et contre son dernier atout :
les personnels statutaires. Dans les délégations régionales, le recours aux CDD et à l’externalisation est maintenant systématique, pour pallier l’insuffisance du nombre d’agents statutaires. A trop « dégraisser le mammouth », on atteint le muscle, puis les organes… !
Pour manifester notre opposition à la casse systématique des organismes de recherche, nous invitons l’ensemble des personnels du CNRS à participer massivement aux actions qui seront menées dans chaque délégation dès le début de l’année 2011.
Avec une précipitation qui commence (heureusement !) à sentir la fin de règne, le gouvernement poursuit et amplifie sa politique de déconstruction des services publics, auxquels une majorité de citoyens est pourtant profondément attachée.
Qui peut encore croire aujourd’hui aux objectifs affichés « d’amélioration du service rendu aux usagers du service public » et « d’amélioration des conditions de travail des agents publics » ?
La proportion croissante d’agents bénéficiant de la GIPA est-il vraiment un symptôme d’amélioration ?
Et est-ce que nous rendons un meilleur service aux usagers lorsque nous sommes soumis à des pressions toujours plus importantes liées aux « économies d’échelle » ?
Reste le troisième objectif : « faire réaliser d’importantes économies à l’Etat ». A l’Etat, peut-être, encore cela reste-t-il à prouver dans un contexte d’endettement national croissant. Pour les citoyens, certainement pas :
en bradant des pans entiers du service public à des entrepreneurs privés, en forçant ceux qui reste à faire toujours plus appel à l’externalisation et aux « partenariats publics-privés », le gouvernement transfère sur les particuliers un renchérissement des services que tout le monde constate et subit.
Cette politique concours à un renchérissement du coût du service rendu à l’usager et concomitamment à une discrimination d’accès à ces mêmes services fondée sur l’argent. En fait la réalité est beaucoup plus triviale porter un coup fatal à la FP en s’attaquant en priorité à ses agents pour répondre à la fois aux exigences des commissaires européens de diminution de fonctionnaires et aux agences de notation. Ceux là mêmes qui n’ont pas su prendre la mesure de la crise financière et économique. Nos gouvernants font payer aux moins nantis l’impéritie de ces experts corsetés dans leurs certitudes.
Les belles phrases entourant la RGPP ne font que masquer avec cynisme une idéologie doctrinairement libérale, dans la filiation directe de l’Accord Général sur le Commerce et les Services.
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