


Prix Nobel de physique 2007, Albert Fert a à de nombreuses reprises défendu le rôle essentiel du CNRS dans le pilotage de la recherche scientifique.
C’est pourtant à l’occasion d’une cérémonie en l’honneur de ce prix Nobel, le 28 janvier dernier à Orsay, que le Président de la République a prononcé un discours au vitriol contre le système de recherche français en général et les organismes de recherche en particulier.
Comme dans bien d’autres domaines, le moteur de cette volonté réformiste – tendance table rase – semble être une défiance viscérale contre tout ce qui ne serait pas « sous contrôle » du gouvernement.
Ainsi, la mise en place de l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) est justifiée par le fait que Nicolas Sarkozy « ne croit pas » (sic) à l’évaluation par les pairs telle que la pratiquait le Comité National de la Recherche Scientifique.
Au nom de la complémentarité de la recherche fondamentale et des applications innovantes (que personne ne songe à contester), il prône un renforcement du financement sur projet (via l’Agence Nationale de la Recherche) dont il est évident qu’il n’est pas approprié pour soutenir une recherche fondamentale à long terme.
Affirmant curieusement que la « véritable mission » des organismes de recherche serait de piloter avec l’ANR les recherches menées par les universités (qu’en penseront les intéressées qui espéraient avec la loi LRU gagner en indépendance ?), il recentre malgré tout et sans crainte du paradoxe leurs priorités vers un rôle « d’agence de moyens » (grands équipements, bases de données, plates-formes technologiques…).
15 milliards d’euros supplémentaires seraient apportés pour soutenir la recherche d’ici 2012, dont 4 à la charge de la puissance publique (les 11 autres sous forme de crédits d’impôts ?).
Enfin, sans oser toucher directement au statut des chercheurs, il n’en programme pas moins l’extinction de leur corps, proposant de profiter du départ à la retraite de 30% des chercheurs d’ici 2012, pour les remplacer par personnels aux missions « plus flexibles », que l’on pourrait ainsi rémunérer dignement.
Pas un mot des personnels techniques de soutien à la recherche qui représentent pourtant la moitié des agents des organismes de recherche.
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